"Le triomphe de l’individu mène à la mort du groupe, aussi sûrement que le triomphe du groupe assassine l’individu. Bienfaisant conflit d’où résulte la vie d’un homme dans son groupe, car le triomphe de l’un entraînerait la mort de l’ensemble. Entre ces deux pressions contraires, l’individu se faufile comme il peut, avec parfois des adaptations surprenantes.
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La normativité relève des comportements grégaires. La tolérance risquerait de nuire à la cohésion du groupe en supprimant les incertitudes et l’ennemi commun. Tolérer la différence, c’est réveiller l’angoisse grégaire, c’est prendre le risque de l’authenticité et de la solitude.
Le mythe joue un rôle de ciment. Il assure la cohésion du groupe et oriente les comportements des individus qui le composent en leur proposant des modèles de conduite et favorisant leurs identifications. Mais l’effet pervers du mythe donne la parole aux récitants de ce mythe. Tout individu qui pour son authenticité serait amener à ne pas réciter la même récitation prendrait la position de déviant et serait candidat à la fonction de victime émissaire.
La normalité est hors de prix. Elle nous ampute d’une bonne part de nos capacités pour nous donner accès aux bénéfices du groupe, ce groupe qui nous libère autant qu’il nous aliène."
Boris Cyrulnik, Mémoire de singe et paroles d’homme, 1983. Editions Pluriel Hachette Littérature, p. 273.
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